Fort heureusement, je ne suis plus un colérique. D’ailleurs je ne l’ai jamais vraiment été, je faisais juste semblant de l’être, une vaine tentative d’adhérer aux plus éminents standards de masculinité propagés durant l’époque qui m’a vu naître.
Il m’arrive encore occasionnellement de ressentir de la colère, pas profonde non, mais très courte et très intense, à tel point qu’il me faut en général une bonne heure pour me remettre de cette intense vibration qui traverse, tranche à la fois mon corps et mon esprit. Systématiquement, ma colère naît d’une interaction avec un autre homme où pouvoir et territorialités sont en jeu.
Dans ma vie d’adulte, j’ai longtemps pensé que le féminin était le sexe faible. Cette vérité qui m’avait été servie tout ma vie durant, puis renforcée et cristalisée par ma période red pill, laquelle m’a exposée à une quantité astronomique de contenu qui prônait la supériorité du masculin sur le féminin. Mais alors que je commençais à apaiser mon rapport avec le sexe opposé, je suis tombé sur un podcast très court, qui rappelait une vérité observable parfaitement évidente: le sexe faible, ce sont nous, ce sont les hommes. Les femmes sont toutes puissantes, leurs capacités à naviguer les relations et les difficultés sont largement supérieures à celles des hommes, elles ont moins de comportement auto-destructifs, peuplent moins les prisons, agissent moins sous “le coup de la colère”.
Tout s’expliquait soudainement, la raison pour laquelle les hommes cherchent le pouvoir tout au long de leur vie, c’est justement parce qu’il est fondamentalement absent de leur vie. Je discutais récemment avec un psychothérapeute de l’impact d’une rupture sur les hommes, et bien que les généralisations soient difficiles, ce serait bien la perte de pouvoir (sur le foyer, sur la relation, sur la femme) qui affecterait le plus l’homme dans son essence. La relation avec une femme lui apporte un accès au sexe (donc au pouvoir), et la perte de cette denrée rare serait le principal coupable de sa peine. “In the realm of men, power is a scarcity”, comme dirait moi-même.
Je n’ai ressenti de la colère que trois fois ces dernières années, et à chaque fois, le même schéma: je passe trop près trop d’un homme et son territoire, ou alors un homme passe trop près du mien (bah ouai, ce serait trop facile si c’était seulement les autres…), tout cela dans un environement hautement testostéroné: la salle de sport. Les hommes sont tellement faibles qu’ils gardent farouchement leur maigre territoire, et un évènement aussi banal qu’un pied mis dans cette zone de danger déclenchera un puissant instinct de protection, très caractéristique du sexe masculin.
Les femmes n’ont pas le temps pour ces conneries, les femmes sont puissantes, vraiment puissantes. Elle ne dispersent pas leur énergie dans des conflits inférieurs, puisque de toute façon, leur pouvoir n’est pas menacé par cette proximité qui nous menace tant, nous les hommes.