Damla

May 16, 2026

En arrivant dans le Queens en 2024, j’avais été suffisamment chanceux pour crécher dans le Airbnb d’un Turc qui avait bien voulu me faire visiter le quartier qui allait prochainement devenir ma tanière. Comme tous les Turcs, il était très fier de tout ce qui avait un lien, de près ou de loin, avec la Turquie. C’est marrant parce que l’absence de ce sentiment pour mon propre pays m’a souvent fait réfléchir à mon rôle de citoyen: pourquoi ne suis-je pas fier comme ces gens-là de mon drapeau, de ma langue, de ma culture, des miens ?? À part le saucisson et la raclette, c’est bon le saucisson et la raclette.

Putain je divague. On fait donc le tour des épiceries du quartier et on arrive dans the best Turkish store. Je vous fais pas un dessin, imaginez être au Maghreb, vous vous êtes fait alpaguer par un local qui veut vous montrer la boutique de son cousin, et qui vous dit dans un français éclaté que c’est la meilleure boutique de la ville mon ami. Eh bah c’était à peu près ça: certes pas cher, mais les fruits et légumes, s’ils n’avaient pas fait Verdun, je sais pas d’où ils sortaient. Je fais rapidement le tour du magasin à la recherche de merdes sucrées qui avaient flirté avec mon palais lors de mes précédents voyages en Turquie. En arrivant à la caisse, je tombe sur une autre spécialité locale que tout bon hédoniste se doit d’apprécier: une belle petite brune bouclée avec un rouge à lèvres à la couleur suggestive et un beau sourire. J’ai à peine le temps d’admirer la belle que mon hôte lui baragouine un truc et prend son numéro.

Il se passera environ un an et demi sans que je pense vraiment à elle, la croisant occasionnellement lorsque, pour tromper l’hiver, je m’aventurais à plus de 2 min de marche de mon appartement pour aller chercher de la bouffe. Mais un jour, j’entends au détour d’une conversation avec sa collègue son joli prénom, Damla. Ce qui est génial à New York, c’est que le small talk est tellement normalisé qu’on peut littéralement avoir des petites conversations avec tout le monde sans passer pour un ovni.

  • Damla c’est ton prénom ? C’est joli, tu es turque ?
  • Merci c’est gentil, oui je suis turque, tu connais la Turquie ?

Low-key flex je lâche un blaze de ville très peu connu des étrangers et je capture son attention, je paye, et je me casse. The bomb has been planted. Imaginez un magasin avec deux caisses, quelle est la probabilité que vous tombiez systématiquement sur la même putain de personne à chaque fois que vous allez payer ? J’en sais rien, mais à chaque fois je tombais sur elle. Je lui plaisais, je l’intriguais, j’en avais la vague certitude. Je me rappelle avoir passé une journée fatiguante, j’avais traîné toute la journée à Manhattan sans faire quoi que ce soit de signifiant à part être éclaté au THC, je voulais juste passer au magasin, acheter un énorme bout de fromage et rentrer me poser. Il devait être 22h, et je la vois passer le balai dans l’allée:

  • Tu fais quoi ce soir ?
  • Euh je dois gérer la fin de mon shift
  • Viens boire un verre quand t’as fini

Elle était gênée, mais simultanément je savais qu’elle était flattée. Elle baragouine une excuse, comme quoi elle habite loin, que pas ce soir, que le gérant du magasin veut pas que ses employés parlent avec les clients. Je lui souris et lui dis que c’est pas grave, et je me tire. Elle avait dit non, mais je me sentais énergisé par l’interaction, c’est d’ailleurs cette énergie qui m’avait permis, à peine une heure plus tard, de récupérer héroïquement le numéro d’une petite Asiatique nommée Fang chez qui j’allais juste récupérer des planches en bois.

Alors que je m’étais absenté pendant quasiment 6 semaines pour voyager (ça et ça), je me demandais si elle pensait que je cherchais à l’éviter comme un sombre cuck après son pâle refus un mois plus tôt. De retour sur le terrain, en train de faire la queue à la caisse, je cherche ma douce du regard sans la trouver. Mais Dieu veille sur ses disciples et je sens une main se poser sur mon épaule, Damla revenait de l’arrière-boutique, se dirigeait vers la caisse et m’offrit un sourire rempli de sensualité.

Je passerai plusieurs fois en coup de vent, lui offrant eye contacts suggestifs et conversations intéressées désintéressées. Alors que je posais dans la plus grande nonchalance mes deux paquets de concombres sur le comptoir, je me penche vers elle:

  • Ce serait bien que tu me files ton numéro quand même
  • Oui j’aimerais bien
  • Prends un bout de papier et écris-le dessus

Je suis reparti avec mon ticket de caisse et son numéro, et quelques jours plus tard je goûtais une nouvelle spécialité turque, on n’est jamais déçu. Elle était d’une grande timidité, inexpérimentée, et avec un rapport à elle-même qui était complexe. Elle était très touchante et féminine malgré tous ses efforts pour le dissimuler. Tu étais magnifique Damla.

Mystery avait raison, l’arme la plus puissante en séduction, c’est votre sourire ! Souriez les gars putain !

damla